L'interview

Ngal’ayel Mukau, un talent brut aux pieds nus

Il fait partie des révélations de la saison chez les Dogues. Arrivé l’été dernier en provenance de Malines, Ngal’ayel Mukau avait à peine plus d’une saison professionnelle dans les jambes avant de poser ses valises au LOSC. Depuis, le Belgo-Congolais de 20 ans s’est imposé comme une valeur montante dans l’entrejeu lillois. Mais qui est-il vraiment ? Partons à la découverte du gamin d’Anvers, qui a appris à jouer pieds nus.

Un terrain de foot en face de la maison

« Je suis né et j’ai grandi à Anvers, dans un quartier au sud de la ville. J’ai un frère et deux sœurs, je suis le plus jeune. Mon grand frère, Elie, a 30 ans. Il aurait pu faire carrière dans le foot, il jouait à Beveren, mais il a dû arrêter à cause d’une blessure. Maintenant il fait de la boxe. Il y avait un petit terrain juste en face de chez nous. Donc après l’école, je déposais mon cartable en vitesse et j’allais jouer au foot avec mon frère et nos copains. On faisait des 5 contre 5, des petits tournois. Je peux dire que j’ai passé la majeure partie de mon enfance ici. »

 

S’adapter ? La clé

« J’ai toujours été quelqu’un qui s’adapte vite. Enfant, j’allais jouer dans des parcs avec mon grand frère, contre des gens que je ne connaissais pas, qui étaient plus âgés, plus grands et plus forts que moi. Je devais donc me débrouiller, trouver des manières de m’en sortir en étant plus petit et moins musclé que les autres. Et ça, ça m’a beaucoup aidé. Dans mon quartier, j’étais vu comme le gamin qui allait percer. Ça donne de la force évidemment, mais il faut réussir à assumer derrière. Je ne me suis jamais mis de mauvaise pression, je crois. J’avais plutôt l’envie de "tout casser" sur le terrain quand mon frère venait me voir. »

 

Un centre de formation… Mais pieds nus

J’ai commencé le foot dans le club de Beerschot, puis à Malines, avant de rejoindre l’académie Soccer School de Zulte Waregem qui proposait un projet pédagogique plus adapté à ce que mes parents voulaient. Mon père est psychologue. Pour lui, l’école est très importante. J’ai donc rejoint cette académie à l’âge de 10 ans en vivant à l’internat. Je ne rentrais chez moi que le week-end. Côté foot, les éducateurs proposaient une méthode un peu particulière qui consistait à jouer pieds nus. On s’entrainait deux fois par jour et on disputait même nos matchs pieds nus contre des adversaires en crampons. Le but était justement d’éviter les duels, de faire circuler le ballon rapidement pour éviter les contacts et donc risquer de se faire écraser les pieds. Je me suis fait des potes dont certains sont devenus pros comme Mohamed Bouchouari (Rodez) ou Anass Zaroury (Lens). Puis quand j’avais 15 ans, l’académie a fermé, alors je suis retourné à Malines. »

 

Appelez-le "Roi Sage"

« Mes parents sont originaires de République Démocratique du Congo. À la maison, ils nous parlaient en Français et en Lingala, mais avec mes frères et sœurs ainsi qu’à l’école, on utilisait le Néerlandais. C’est vraiment ma langue naturelle, celle dans laquelle je suis le plus à l’aise parmi les trois. Mon prénom signifie "roi sage" en Lingala. Le "n" de « Ngal’ayel » ne se prononce pas. On dit donc "gal’ayel", mais tout le monde m’appelle "gala". Côté foot, j’ai d’abord joué en équipes nationales belges, jusqu’en U18, avant de rejoindre la RD Congo à partir des U20. C’est un pays que je connais par mes parents. J’ai encore beaucoup de famille là-bas, à Kinshasa. Porter ce maillot a été pour moi et pour mes parents une grande fierté. De voir tout le monde heureux me rend heureux. »

 

Le LOSC, le projet parfait

« Comme je te le disais, je m’adapte très rapidement partout. Et une fois de plus, je pense m’être assez vite adapté au LOSC. Je connaissais déjà le club de réputation, évidemment. En Belgique, quand on pense Lille, on pense Eden Hazard, mais aussi maintenant Jonathan David. Je le connaissais déjà lorsqu’il jouait à Gand. Quand le Président m’a appelé pour me proposer le projet du LOSC, j’ai été immédiatement séduit. J’ai kiffé direct ! »

 

Un championnat physique, mais pas que

« J’ai découvert la Ligue 1 cette saison et je dois dire que l’intensité y est plus grande. Le niveau aussi est plus élevé. Je le ressens aussi bien avec mes coéquipiers que mes adversaires. Avant de jouer en France, j’avais l’image d’un championnat avec beaucoup de duels, très physique. J’ai pu le vérifier, mais j’ai aussi pu constater que ça "jouait au foot", comme on dit. Qu’il y avait de gros talents. À commencer par chez nous. Quand je vois un garçon comme Ayyoub Bouaddi, je peux dire que j’ai été surpris de le voir faire ce qu’il fait à son âge. »

 

La Champions League, un rêve devenu réalité

« Jouer la Champions League était un rêve pour moi. Comme pour chaque footballeur au monde, je pense. Cet hymne, cette petite musique, on ne s’y habitue jamais, c’est toujours très intense. Quand on est footballeur, on mesure à quel point le chemin est long et difficile pour pouvoir la jouer, cette Champions League. Peu de joueurs ont cette chance. Et quand on y est, on se rend compte aussi que tout y est plus difficile, que chaque erreur se paye cash, qu’il faut être ultra concentré à chaque minute. »

 

Un doublé mythique à Bologne 

« Ce match à Bologne, je crois que je m’en rappellerai toute ma vie. C’était la première fois de la saison que je jouais un peu plus haut sur le terrain. Le coach voulait tester quelque chose. C’était bien, j’ai kiffé, je me suis tout de suite senti à l’aise à cette position. Je savais qu’il y avait des ballons à gratter offensivement. Alors j’ai pris ma chance et j’ai marqué ces deux buts. (il y repense avec le sourire) Cette nuit-là, je dois bien dire que je n’ai pas beaucoup dormi. D’abord à cause de l’émotion, mais aussi parce que j’ai reçu énormément de messages. En plus, c’était mon premier but chez les pros. Non, vraiment, c’était un truc de fou. Mais bon, derrière il a vite fallu switcher, se reconcentrer car il y avait déjà un match 3 jours plus tard. C’est ça le foot, on n’a pas le temps de savourer qu’il faut déjà enchainer. »